Archives de la Catégorie La vie est un cirque

Mirage (Mi Figue Mi Raison)

Mirage (Mi figue mi raison)

Les jambes des gens pendent vers le sol

Irrésistiblement attirées

Elles transcendent les mirages les plus fous.

Je peux regarder des jambes pendant des heures

Fuselées, épaisses, bronzées, vieillies, abimées…j’aime les gambettes.

C’est un monde bien étrange que l’évolution de l’humain

D’horizontale, il passe à la position verticale

Une rotation de 90°, un angle droit

Aussi obtus que celui des sages.

La tête vers le ciel

Les pieds ancrés au sol.

Les nuages nous atteignent

L’esprit est embrumé.

Ne courent que les jambes

Les pieds nous guident

Vers l’ascension de la vie.

Et si on inversait la tendance ?


MagicLand

Je suis une nigaude.

Je crois ce qu’on me dit.

Quiconque me demande ma confiance et je la lui donne.

Ne me remerciez pas.

Tout à l’heure encore, mes voisins m’ont réclamé :

« Dis Tinette, tu ne nous ferais pas encore ton délicieux gâteau de confiance ? »

Bien sûr, je ne leur dis pas que ces temps derniers,

Je trouve qu’il a moins de saveurs.

Je crois qu’on m’a volé ma confiance.

C’était quand je me baladais,

J’avais été attirée par un fumet de malice.

Quelque chose de grisant.

Enivrée j’avais suivi l’odeur dans son sillage.

Je m’étais retrouvée nez-à-nez

Avec un haut-de-forme qui masquait des yeux brillants.

Ils me dirent :

« Mademoiselle, vous êtes exquise, vous fleurez bon la fraîcheur, le rêve, l’innocence.

Vous êtes la confiance incarnée.

Donnez m’en un peu. »

Ces yeux

Le personnage tout entier me fascinait.

Cette sensation de mystère, de lucidité, d’obscurité

M’entraînait.

Ces yeux

M’aspiraient tout entier.

Je me rappelle lui avoir dit que je faisais de la pâte de confiance.

Mais lui préférait celle à base d’amande.

Il me happait dans son gouffre.

Je me suis sentie étourdie,

Affaiblie soudain.

Il me demanda si je pouvais lui apprendre mes recettes.

Qu’il était apprenti cuisinier.

Je lui dis oui.

Il me demanda s’il pouvait toucher mes mains,

Emplies de douceur à ses yeux.

Je lui dis oui.

Son contact était reptilien.

Très vite, il se dégagea

Puis déclara devoir s’en aller.

Mon étrange rencontre me passa vite hors de l’esprit.

Mais maintenant, quand j’y pense,

Ma pâte de confiance s’est affadie depuis ce jour.

Mes gâteaux, jadis audacieux, sonnent creux.

Des volutes de confiance s’envolent

Et mes mains sont froides.

Je crois avoir trouvé la solution.

Je porte un chapeau

Et les yeux brillants,

Je dévore la confiance des doux apprentis de la vie.

Depuis, mes gâteaux ont retrouvé leur goût d’antan.

Seule dans mes yeux

S’allume parfois

Une saveur de désespoir.


Une spectatrice

Une spectatrice

Ca n’est pas toujours sympathique.

Ca peut être ni gai, ni triste,

Juste antipathique.

J’aime assez me fondre dans la foule grandissante de la vie

Faire une inspection désabusée

Parfois, je pousse des hauts cris.

Une bourgeoise au double menton gras et obscène,

Ce rouge à lèvres me fixe.

Elle a des fines lèvres rouges.

Vulgaire, elle essaie de le repousser, mais ça part pas ces choses-là.

Elle me fixe me refixe me repique pique.

Chic alors,

Elle a un vilain nez mais il est beau quand elle ouvre la bouche.

D’ailleurs c’est ce qu’elle fait maintenant,

Elle l’ouvre et pousse des petits cris,

Gémissements

Ah Oh Ih

[Ca doit être ça, rire pour elle]

Elle s’arrête pas

Bon dieu c’est perçant

[Je vois son nez il se retrousse un peu]

Ses yeux maquillés en bleu plissés

Ses petites mèches sur le front

Elle a une espèce de foulard à pois blanc, il est vert,

Elle a fait le nœud en dessous de son double menton

Ah oui j’oubliais

Ses mains

Elles dandinent trottinent, c’est comique.

Le comique est partout, suffit de le chercher, de fouiller un peu.

Tiens ? Elle semble penser

Tous ces mots crachent, s’intercalent dans ses pensées tranquilles.

La bourgeoise ne sait rien de toute façon

A rire pour des bêtes choses qu’elle ne comprend pas

[Mais rire ça fait bien et puis ça dégage le menton]

On peut apercevoir le cou puisqu’elle retrousse un peu la tête

Et ça s’acharne à produire un son humain

Car elle l’est pas la bourgeoise, humaine

Ca fait la révolution pour s’assoupir illico presto

[D’ailleurs ça veut dire quoi ce mot]

Bruit de tambour-Lumière qui s’éteint ou s’allume- C’est mon tour

Je vais monter.

Adieu bourgeoise.


L’amour en miettes



Elle avait besoin d’amour, Moinette.

Elle disait :

- « j’ai besoin d’amour »

On lui répondait, partout autour d’elle

- « Patience »

« la vie est une farandole »

Son cœur brûlait de s’ouvrir, il frappait, frappait. Elle ne savait pas où chercher.

Moinette avait soif. Son envie l’enflammait. Elle voulait déplacer des lunes, chanter aux étoiles.

Alors, elle prit son sac, ses envies et ses désirs, et partit à la recherche du doux aimé.

Elle frappait à toutes les portes pour offrir son cœur mais on lui disait :

-«  C’est trop risqué mademoiselle, vous en demandez trop. »

Pourtant elle ne voyait pas les choses à moitié. Son cœur était à prendre à sang pour sang.

Pas de demi-maux.

A travers toutes ses portes closes, Moinette vibrait d’espoir d’une entrouverte. Elle cherchait un acrobate prêt à s’envoler avec elle. Mais la vie n’est pas un cirque pour tout le monde.

Au fil du temps, Moinette s’aigrit. Elle entoura son cœur d’une protection. Son idéal grimpait dans son âme ; dans la réalité, Moinette se perdait dans son escalade.

- « La vie ne tient qu’à un fil » lui disaient les anciens.

- « L’amour aussi » répondait Moinette.

Un jour, elle fit la connaissance de ce qu’elle pensait être un équilibriste. Elle prit le risque de s’ouvrir en espérant ne pas être seule sur le fil. Elle escaladait les marches, et se rendit compte que le dit compagnon ne suivait pas ; il était à la traîne. Tant pis. Elle avait confiance en son équilibre, après tant d’années suspendu. En pleine ascension, elle se rendit compte que son cœur était trop fragile. Qu’il était trop léger pour rester bien en place. Il suffit d’une minuscule remise en question, d’un infime balancement et son cœur bondit ; une chute effrénée où il se perdit en mille morceaux. Moinette tremblait en voyant son cœur se dissoudre dans l’atmosphère ; et c’est alors, qu’au loin en bas, elle vit une main se tendre, prête à recoller les morceaux. C’était son jongleur, plus à l’aise les pieds sur terre.

A son tour, Moinette pourra dire que dans les cimes, le bonheur se perd, qu’il est plus heureux de le rattraper sur la terre.


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